Chien peureux ? Derrière la « bonne affaire » se cache souvent une réalité physiologique irréversible : le syndrome de privation sensorielle, appelé aussi syndrome du chenil.
C’est un scénario que je vois trop souvent dans mon métier d’éducateur canin et qui me déchire le cœur. C’est l’histoire d’une sortie en famille à la Foire de Beaucroissant dans mon coin, ou dans n’importe quel autre Salon ou Exposition agricole ailleurs. On y va pour flâner au milieu des volailles, moutons et vaches, et on rentre avec un coup de cœur : un jeune chien de 8 ou 10 mois, un peu « timide », et soldé. Car en effet, même si ce n’est pas avoué par le vendeur, il s’agit bien d’un « invendu ».
En tant que professionnel, quand j’interviens à la demande de la famille, ce ne sont pas des chiens avec quelques difficultés que je retrouve , mais de véritables détresses émotionnelles sur pattes, et beaucoup de souffrance humaine et canine.
L’origine ? Une construction cérébrale défaillante !
Quand un jeune chien passe le plus clair de son temps dans un box ou en transit entre deux foires, il manque un rdv essentiel : la période d’imprégnation (entre 3 et 12 semaines de vie environ).
C’est ici que la biologie neuronal est impitoyable. Durant cette phase d’imprégnation, le cerveau devrait créer des milliards de synapses à chaque nouvelle expérience. Puis vers les 12 semaines vient l’élagage neuronal qui élimine le superflu, car non utilisé donc inutile :
- Le cerveau garde les circuits neuronaux stimulés (bruits, voitures, interactions variées, nouveautés, etc.).
- Il supprime définitivement les neurones non connectés car inutiles.
Si le jeune chien n’a connu que quatre murs blancs pendant l’imprégnation, il perd physiquement le matériel biologique nécessaire pour traiter les nouveautés. Ce n’est pas un manque de volonté de sa part, c’est un cerveau qui n’est pas « câblé » pour comprendre convenablement le monde. C’est cela le syndrome de privation sensorielle
Ne pas confondre empathie et achat compulsif
Je comprends très bien l’émotion qui provoque un chiot qui tremble l’air si malheureux au fond de sa cage, et l’envie de le « sauver ». Mais il faut être honnête : ce que le vendeur vous présente comme une « petite timidité passagère » liée à l’activité de la Foire, pourrait bien être un syndrome de privation sensorielle: un handicap lourd et dans certains cas, irréversible.
Les signaux d’alerte d’un syndrome de privation sensorielle qui ne trompent pas :
- La sidération : Le chien reste figé, le regard vide.
- La fuite panique : Une tentative désespérée de s’échapper au moindre bruit ou action.
- L’élimination de peur : Le chiot urine sur lui dès qu’on l’approche.
Adopter ce chien par pitié, c’est accepter que votre vie sociale va radicalement changer. Les terrasses de café, les parcs canins ou les balades en ville deviendront des sources de stress chronique impossibles pour lui, et de la frustration pour vous.
Peut-on « réparer » un chien privé de stimuli ?
Soyons transparents : on ne guérit pas un syndrome de privation sévère. On compose avec. En tant que comportementaliste, je ne peux qu’aider à améliorer son quotidien. Mais l’anxiété et la peur seront ses compagnons de vie.
Le conséquences de ce sauvetage est triple :
- Investissement temps : ce qui prend 5 minutes avec un chien sain et équilibré peut demander 6 mois de travail acharné avec un chien traumatisé.
- Coût financier : entre les séances d’éducation spécialisée et les traitements anxiolytiques vétérinaires, la facture s’alourdit vite.
- Risque sécuritaire : un chien terrorisé par une action banale et qui se sent acculé, pourrait finir par utiliser la seule défense qu’il lui reste : la morsure.
Mon conseil Pro ? Ne financez pas la souffrance !
Un éleveur sérieux vous montrera l’environnement de vie des chiots et leur curiosité naturelle. Si un chien de plus de 3 mois est incapable de venir vers vous, et qu’il manifeste une crainte disproportionnée, fuyez.
En achetant ces malheureux « invendus », vous financez un commerce indigne qui traite les êtres vivants comme de vulgaires marchandises périssables.
Avant de craquer, posez-vous la question : êtes-vous prêt à porter le poids d’une pathologie comportementale lourde pendant des nombreux années ?
SYNDROME DE PRIVATION SENSORIELLE ? / POUR ALLER + LOIN
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Liens intéressants:
https://www.centrale-canine.fr/articles/le-syndrome-de-privation-sensorielle
https://www.fregis.com/infos-sante/troubles-comportement-chez-chien-syndrome-de-privation/
